Diagnostic et traitement du goître plongeant

Le goitre plongeant correspond à une augmentation de volume de la glande thyroïde qui s’étend vers le thorax, en arrière du sternum. Il est le plus souvent lié à un goitre multinodulaire évoluant progressivement, parfois sur plusieurs années. Cette extension rétro-sternale peut entraîner des symptômes de compression comme une gêne respiratoire, des troubles de la déglutition ou une sensation de compression cervicale. Le diagnostic repose principalement sur l’imagerie, notamment le scanner cervico-thoracique, qui permet de préciser l’extension médiastinale et les rapports anatomiques. La prise en charge dépend de la symptomatologie et du retentissement compressif, allant de la surveillance à la chirurgie thyroïdienne, en passant par l’embolisation des artères thyroïdiennes.

🩺 Focus sur l’embolisation des artères thyroïdiennes, un nouveau traitemeant du goître plongeant

Qu’est-ce que l’embolisation ?

Il s’agit d’une intervention radiologique minimalement invasive qui consiste à boucher les vaisseaux artériels vascularisant le goître pour l’atrophier. 

Un long cathéter est mis en place dans une artère du plis de l’aine, puis sous contrôle radiologique il est amené jusqu’aux artères thyroïdiennes qui sont ensuite bouchées.

Cette intervention mini-invasive est réalisée sur une hospitalisation d’une demi-journée en ambulatoire. Les résultats sont globalement très bon (diminution d’au moins 50% du volume de la glande) avec une reprise d’une vie normale rapidement après le retour à domicile (entre 2 et 5 jours généralement).

Les avantages de cette intervention sont l’absence de cicatrice ou d’abord chirurgical, un retour rapide aux activités habituelles et un résultats rapide et efficace. L’embolisation est particulièrement adaptée aux goîtres plongeants qui sont souvent de grande taille rendant leur traitement délicat.

Embolisation des artères thyroïdiennes
Embolisation des artères thyroïdiennes

Traitement du goïtre plongeant sans recourir à une chirurgie

Un goître qui « plonge » derrière le sternum : qu’est-ce que c’est ?

On parle de goître plongeant (ou goître endothoracique) lorsque la thyroïde, anormalement augmentée de volume, descend partiellement derrière le sternum, dans le thorax. Ce n’est plus seulement une question d’esthétique : en grossissant vers le bas, la glande peut venir comprimer la trachée ou l’œsophage, juste à l’endroit où l’espace est le plus étroit, entre la base du cou et le haut du thorax.

Les patients décrivent souvent une sensation d’étouffement, une gêne en position allongée, une toux qui ne passe pas, une voix qui change, ou une difficulté à avaler. Ces symptômes s’installent en général progressivement, sur plusieurs années, ce qui explique qu’ils soient parfois minimisés ou attribués à autre chose avant que le diagnostic ne soit posé.

Jusqu’à récemment, la réponse à un goître plongeant symptomatique était presque toujours la même : la chirurgie. Ce n’est plus systématiquement le cas.

Pourquoi certains goîtres « plongent »-ils vers le thorax ?

Un goître se développe le plus souvent vers l’avant du cou, là où la résistance des tissus est la plus faible. Mais chez certains patients, la croissance s’oriente plutôt vers le bas, à travers l’orifice supérieur du thorax. Plusieurs facteurs favorisent cette évolution : un cou court et large laisse moins de place à l’expansion cervicale, une musculature peu développée à l’avant du cou n’oppose pas de résistance suffisante, et un goître ancien, négligé pendant plusieurs années sans surveillance, a simplement eu le temps de descendre progressivement.

Le goître plongeant représente entre 5 et 15% des goîtres opérés et touche plus volontiers les patients après 50 ans. Il reste souvent longtemps silencieux : la partie qui descend dans le thorax n’est pas accessible à la palpation, ce qui explique qu’il soit parfois découvert tardivement, lors d’un scanner thoracique réalisé pour une autre raison. Lorsqu’il devient symptomatique, certains signes sont caractéristiques : une gêne respiratoire qui s’aggrave en position couchée ou la nuit, une difficulté à avaler, une modification de la voix en cas de compression du nerf récurrent, ou plus rarement un signe de Pemberton — une congestion du visage et un gonflement des veines du cou lorsque le patient lève les deux bras au-dessus de la tête, traduisant une compression des vaisseaux à l’entrée du thorax.

Pourquoi la chirurgie n’est pas toujours la meilleure option

La thyroïdectomie reste une intervention bien maîtrisée, mais elle n’est pas anodine — en particulier lorsque le goître s’étend dans le thorax. Plus l’extension est basse, plus le geste chirurgical se complique : risque accru de lésion du nerf récurrent (qui commande les cordes vocales), risque hémorragique plus élevé du fait de la vascularisation développée de ces gros goîtres, et parfois nécessité d’élargir l’abord vers le thorax (sternotomie partielle) lorsque le pôle inférieur est très bas situé.

Certains patients ne sont par ailleurs pas de bons candidats à une anesthésie générale prolongée : âge avancé, comorbidités cardiaques ou respiratoires, traitements anticoagulants difficiles à interrompre. Pour ces patients, on cherchait jusqu’ici surtout des compromis d’attente — surveillance, traitement médical peu efficace sur le volume — sans réelle solution curative.

Quelles sont les options de traitement face à un goître plongeant ?

Avant d’envisager un geste, plusieurs alternatives méritent d’être posées sur la table, en fonction du caractère symptomatique ou non du goître et de son évolutivité :

  • La surveillance simple peut suffire pour un goître plongeant découvert fortuitement, de petite taille, non compressif et sans nodule suspect. Un contrôle échographique régulier permet de suivre son évolution dans le temps.
  • Le traitement médical (hormones thyroïdiennes, traitement d’une hyperthyroïdie associée) peut accompagner la prise en charge mais a une efficacité limitée sur le volume d’un goître déjà constitué — il ne fait pas régresser une masse glandulaire installée depuis des années.
  • La radiofréquence, technique mini-invasive de destruction thermique sous échographie, est une option intéressante pour les nodules thyroïdiens cervicaux bien accessibles. Elle trouve cependant ses limites face à un goître plongeant : la partie située derrière le sternum, hors de vue échographique directe, n’est généralement pas atteignable par cette technique.
  • La chirurgie (thyroïdectomie ou lobectomie) reste l’option historique et la plus largement pratiquée. Dans la grande majorité des cas (environ 95%), l’abord cervical standard suffit ; une ouverture du thorax (sternotomie) demeure exceptionnelle, réservée aux extensions médiastinales très profondes ou volumineuses.
  • L’embolisation des artères thyroïdiennes, détaillée ci-dessous, s’est ajoutée plus récemment à cet arsenal comme alternative mini-invasive à visée curative, en particulier lorsque la chirurgie présente un risque accru ou n’est pas souhaitée par le patient.

L’embolisation thyroïdienne : réduire le goître en bloquant son alimentation sanguine

L’embolisation des artères thyroïdiennes repose sur un principe simple : un goître volumineux est un tissu qui a développé sa propre vascularisation pour grossir. En obstruant sélectivement les artères qui l’alimentent, on prive le tissu glandulaire en excès de l’apport sanguin nécessaire à son maintien. La glande ne disparaît pas brutalement : elle se rétracte progressivement sur plusieurs mois, comme un fruit qui se dessèche une fois la sève coupée.

Concrètement, le radiologue interventionnel introduit un cathéter très fin par une ponction au niveau de l’artère fémorale, à l’aine. Sous contrôle d’imagerie, ce cathéter est guidé jusqu’aux artères thyroïdiennes, à la base du cou. De petites particules sont alors injectées pour occlure sélectivement les branches qui vascularisent la partie du goître à traiter. L’ensemble du geste se fait sous anesthésie locale, sans ouverture chirurgicale, et le patient peut généralement rentrer à domicile rapidement après une courte surveillance.

Ce que montrent les études

Les séries publiées sur l’embolisation des goîtres nodulaires sont encourageantes. Dans l’une des plus importantes séries publiées à ce jour, portant sur 56 patients suivis pendant plusieurs années, près de 84% présentaient justement un goître à extension rétrosternale — la situation typique du goître plongeant. Six mois après l’embolisation, le volume thyroïdien moyen est passé de 147 mL à 62,6 mL, et l’extension intrathoracique moyenne a diminué de 31,7 mm à 15,9 mm, une réduction statistiquement significative qui se traduit cliniquement par une décompression progressive de la trachée et de l’œsophage.

Des publications plus récentes, notamment des cas rapportés chez des patients non éligibles à la chirurgie ni au traitement par radiofréquence, confirment l’intérêt de cette technique comme véritable alternative à visée curative, et non comme simple geste d’attente avant une opération.

Pour qui cette technique est-elle adaptée ?

L’embolisation thyroïdienne s’adresse en particulier :

  • aux patients porteurs d’un goître plongeant symptomatique (compression trachéale, gêne à la déglutition, toux chronique, modification de la voix) ;
  • à ceux pour qui la chirurgie présente un risque accru : âge avancé, fragilité cardio-respiratoire, traitement anticoagulant difficile à suspendre ;
  • aux patients ayant déjà été opérés une première fois et présentant une récidive, situation où une seconde chirurgie cervicale est particulièrement délicate ;
  • à ceux pour qui les techniques mini-invasives locales (radiofréquence) ne sont pas réalisables, notamment lorsque l’extension thoracique rend le goître inaccessible à un repérage échographique direct.

Comme pour toute indication d’embolisation, une évaluation préalable est indispensable : bilan thyroïdien biologique, imagerie (échographie et souvent scanner ou IRM cervico-thoracique pour cartographier précisément l’extension du goître), et dans certains cas une cytoponction pour écarter un nodule suspect avant de proposer le geste.

Embolisation ou chirurgie : une décision qui se construit ensemble

L’embolisation thyroïdienne n’a pas vocation à remplacer systématiquement la chirurgie : elle s’inscrit comme une option supplémentaire dans l’arsenal thérapeutique, particulièrement précieuse lorsque la chirurgie est risquée ou refusée par le patient. La décision se prend toujours en concertation entre endocrinologue, chirurgien et radiologue interventionnel, en fonction de la morphologie du goître, de l’état général du patient et de ses propres préférences.

Si vous présentez un goître plongeant symptomatique et que la perspective d’une chirurgie vous inquiète — ou vous a été présentée comme risquée — il existe aujourd’hui une alternative mini-invasive à discuter avec votre médecin.


Cet article est rédigé à titre d’information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Chaque situation clinique nécessite une évaluation individualisée.

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