Prostate de 80, 100 ou 120 grammes : comment la traiter ?
Une prostate qui atteint 80, 100 ou 120 grammes est généralement le signe d’une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), également appelée adénome de la prostate. Avec l’âge, cette augmentation de volume est fréquente et peut entraîner des troubles urinaires parfois très invalidants.
La bonne nouvelle est qu’il existe aujourd’hui plusieurs traitements efficaces. Le choix dépend du volume de la prostate, de l’intensité des symptômes, de l’état de santé du patient et de ses priorités, notamment la préservation de la fonction sexuelle et la volonté d’éviter une intervention chirurgicale.
🩺 Focus sur l’embolisation de la prostate
Qu’est-ce que l’embolisation ?
Il s’agit d’une intervention radiologique minimalement invasive qui consiste à boucher les vaisseaux artériels de la prostate pour diminuer son volume et la faire dégonfler.
Cette intervention mini-invasive est réalisée sous anesthésie locale, sur une hospitalisation d’une demi-journée en ambulatoire. Les résultats sont globalement très bon (autour de 95% de succès) avec une reprise d’une vie normale rapidement après le retour à domicile (entre 2 et 5 jours généralement).
À partir de quel volume parle-t-on d’une grosse prostate ?
Le volume normal de la prostate est d’environ 20 à 30 grammes chez l’homme adulte, alors qu’une hypertrophie débute autour de 30 à 35 grammes.
On considère généralement :
- 40 à 60 g : hypertrophie modérée.
- 60 à 80 g : hypertrophie importante.
- 80 à 100 g : gros adénome.
- Plus de 100 g : très gros adénome prostatique.
Il n’est pas rare de rencontrer des prostates de 120, 150 voire 200 grammes.
Néanmoins, et ceci est très important pour la décision de débuter un traitement ou non, ce n’est pas forcément la taille de la prostate qui importe le plus mais l’importance des symptômes. Certains patients peuvent en effet avoir une prostate assez grosse mais peu symptomatique, alors que d’autres sont très gênés avec une prostate modérément hypertrophiés.
Quels symptômes provoque une prostate de 80, 100 ou 120 grammes ?
L’augmentation du volume prostatique comprime progressivement l’urètre et gêne l’évacuation des urines.
Les symptômes les plus fréquents sont :
- besoin fréquent d’uriner ;
- réveils nocturnes pour uriner (nycturie) ;
- jet urinaire faible ;
- difficulté à commencer la miction ;
- sensation de mauvaise vidange de la vessie ;
- envies urgentes d’uriner ;
- gouttes retardataires ;
- infections urinaires à répétition ;
- parfois une rétention aiguë d’urine.
Ces symptômes peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie, le sommeil et les activités quotidiennes.
Comment évalue-t-on une grosse prostate ?
Avant de proposer un traitement, plusieurs examens sont généralement réalisés :
- consultation spécialisée ;
- questionnaire IPSS pour évaluer les symptômes ;
- dosage du PSA lorsque cela est indiqué ;
- échographie permettant de mesurer précisément le volume prostatique ;
- débitmétrie urinaire ;
- mesure du résidu post-mictionnel ;
- IRM prostatique dans certaines situations.
L’objectif est de confirmer que les symptômes sont bien liés à une hypertrophie bénigne de la prostate et d’écarter une autre pathologie.
Quels traitements pour une prostate de 80, 100 ou 120 grammes ?
Les médicaments
Les alpha-bloquants et les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase peuvent améliorer les symptômes ou ralentir la croissance de la prostate.
Ils restent souvent efficaces au début de la maladie mais deviennent parfois insuffisants lorsque la prostate dépasse 80 à 100 grammes ou lorsque les symptômes sont importants.
Les traitements chirurgicaux
Plusieurs techniques chirurgicales existent :
- résection transurétrale de la prostate (RTUP) ;
- énucléation laser HoLEP ;
- adénomectomie pour les très gros volumes.
Ces traitements offrent d’excellents résultats mais nécessitent une intervention sous anesthésie et peuvent être associés à certains effets secondaires, notamment une éjaculation rétrograde très fréquente selon la technique utilisée.
L’embolisation de la prostate : une alternative mini-invasive
L’embolisation des artères prostatiques est une technique réalisée par un radiologue interventionnel.
L’intervention consiste à passer par le réseau artériel, sous guidage radio pour conduire un petit cathéter dans les artères prostatiques et les boucher.
Cette technique présente plusieurs avantages :
- pas d’incision chirurgicale ;
- anesthésie locale dans la majorité des cas ;
- hospitalisation courte, souvent en ambulatoire ;
- récupération rapide ;
- faible risque d’incontinence urinaire ;
- préservation fréquente de l’éjaculation et de la fonction sexuelle.
L’embolisation est-elle efficace pour une prostate de 100 ou 120 grammes ?
Oui. Les études scientifiques montrent que l’embolisation est efficace même pour les prostates de grand volume.
Elle permet généralement :
- une amélioration importante des symptômes urinaires ;
- une augmentation du débit urinaire ;
- une diminution du volume prostatique pouvant atteindre environ 30 à 50 % selon les patients ;
- une amélioration durable de la qualité de vie.
Elle constitue une option particulièrement intéressante chez les patients souhaitant éviter une chirurgie ou présentant un risque opératoire élevé.
Quel est le meilleur traitement ?
Il n’existe pas de traitement universel.
Le meilleur choix dépend notamment :
- du volume de la prostate ;
- des symptômes ;
- de l’âge ;
- des traitements anticoagulants éventuels ;
- des maladies associées ;
- des attentes du patient concernant la récupération et la sexualité.
Une discussion entre le patient, l’urologue et, lorsque cela est indiqué, le radiologue interventionnel permet de déterminer la solution la plus adaptée.
Questions fréquentes
Une prostate de 120 grammes est-elle très grosse ?
Oui. Une prostate de 120 g est considérée comme un très gros adénome, mais elle peut aujourd’hui être traitée efficacement grâce à plusieurs techniques, y compris l’embolisation.
Une grosse prostate est-elle forcément un cancer ?
Non. Dans la très grande majorité des cas, une augmentation du volume prostatique correspond à une hypertrophie bénigne de la prostate et non à un cancer. Un bilan médical permet d’éliminer une pathologie maligne si nécessaire.
Peut-on éviter la chirurgie ?
Oui. Chez de nombreux patients, l’embolisation des artères prostatiques constitue une alternative mini-invasive permettant d’améliorer les symptômes sans chirurgie ouverte ni résection endoscopique.
En résumé
Une prostate de 80, 100 ou 120 grammes n’impose pas systématiquement une chirurgie. Les traitements médicamenteux, les techniques chirurgicales modernes et l’embolisation des artères prostatiques permettent aujourd’hui une prise en charge personnalisée.
Après un bilan complet, le traitement est choisi en fonction des symptômes, du volume de la prostate, de l’état de santé du patient et de ses objectifs, afin d’obtenir le meilleur équilibre entre efficacité, récupération rapide et qualité de vie.
Que disent les données scientifiques sur l’embolisation?
L’embolisation des artères prostatiques (EAP) est aujourd’hui l’un des traitements mini-invasifs de l’hypertrophie bénigne de la prostate les mieux étudiés. Plus de 300 publications scientifiques, dont plusieurs essais randomisés, méta-analyses et recommandations internationales, ont évalué son efficacité et sa sécurité.
Les résultats sont remarquablement homogènes. Une méta-analyse publiée dans European Radiology (Malling et al.) a montré qu’à un an de suivi, les patients présentaient en moyenne une amélioration du score IPSS de 16 points, une amélioration du score de qualité de vie de 3 points, une augmentation du débit urinaire (Qmax) de 6,5 mL/s, une diminution du résidu post-mictionnel de près de 90 mL et une réduction du volume prostatique d’environ 26 %.
Ces résultats ont été confirmés par un essai randomisé contre procédure placebo publié dans European Urology (Pisco et al.), démontrant une amélioration significative des symptômes urinaires, du débit urinaire et du volume prostatique chez les patients traités par embolisation, confirmant que les bénéfices observés ne sont pas liés à un simple effet placebo.
L’efficacité de l’embolisation a également été comparée aux traitements conventionnels. L’essai français multicentrique PARTEM, publié dans The Lancet Regional Health – Europe, a montré que, chez des patients présentant une HBP symptomatique résistante aux alpha-bloquants, l’embolisation procurait une amélioration des symptômes urinaires significativement supérieure à celle d’un traitement médical optimisé, tout en améliorant également la fonction sexuelle.
Face à la chirurgie, plusieurs essais randomisés montrent que l’embolisation offre une amélioration des symptômes comparable chez des patients bien sélectionnés, avec un avantage majeur : une meilleure préservation de l’éjaculation et de la fonction sexuelle, tout en réduisant le risque de certaines complications liées à la chirurgie.
Enfin, les données de suivi à long terme sont désormais rassurantes. Une série de plus de 1 000 patients suivis pendant plusieurs années confirme une amélioration durable des symptômes urinaires et de la qualité de vie. Comme pour tous les traitements de l’adénome de la prostate, une nouvelle intervention peut être nécessaire chez certains patients au fil des années, en raison de l’évolution naturelle de la maladie, mais l’embolisation conserve d’excellents résultats à moyen et long terme.
Ces données expliquent pourquoi les recommandations internationales, notamment celles de l’Association Européenne d’Urologie (EAU) et de la Society of Interventional Radiology (SIR), reconnaissent désormais l’embolisation des artères prostatiques comme une option thérapeutique validée chez des patients soigneusement sélectionnés, en collaboration entre urologues et radiologues interventionnels.
Article écrit par l’équipe de rédaction de l’IF-RI
article relu par Dr Benjamin Moulin
Radiologue interventionnel
Spécialiste de l’embolisation des artères prostatiques et des traitements mini-invasifs prostatiques
Institut IF-RI
Hôpital Américain de Paris
Mis à jour Juillet 2026
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas une consultation médicale. Chaque patient nécessite une évaluation personnalisée par un professionnel de santé afin de déterminer le traitement le plus adapté à sa situation.