Dr Benjamin Moulin, dernière mise à jour décembre 2023

Tout savoir sur le grattage ou rabotage de la prostate

Avec l’âge, le volume de la prostate augmente progressivement. C’est l’adénome de la prostate. Cet adénome (qui peut aussi s’appeler hypertrophie bénigne de la prostate) est responsable de symptômes urinaires et de gêne pour les patients. Le traitement est initialement médical, mais en cas d’évolution défavorable une chirurgie peut être envisagée. Cet article se propose de faire le point sur la résection transurétrale de la prostate, intervention plus connue sous le nom de grattage ou rabotage prostatique. L’embolisation de la prostate, une alternative à cette chirurgie est également présentée.

Adénome de prostate entraînant une gêne à l'écoulement des urines

Qu’est ce que l’embolisation de la prostate, une alternative au rabotage/grattage de la prostate?

→ Un traitement peu invasif de l’adénome de  prostate

 

L’embolisation de la prostate est une intervention mini-invasive sur la prostate, consistant à boucher les artères de la prostate à l’aide de petites billes. L’opérateur met en place un cathéter dans une artère du poignet ou de l’aine puis navigue jusqu’aux artères du pelvis pour boucher les artères prostatiques. Lors d’une embolisation, toute la procédure se déroule via les vaisseaux, il n’y a aucun traitement au travers de la verge : pas d’endoscope, pas de sonde urinaire. Le patient peut regagner son domicile après quelques heures de surveillances.

→ Un traitement efficace de l’adénome de la prostate

Les résultats de l’embolisation sont excellents avec une amélioration significative des symptômes urinaires dans 80 à 90% des cas.

→ Un traitement qui préserve les fonctions urinaires et sexuelles

L’autre avantage de cette technique est la préservation des fonctions urinaires et sexuelles et notamment l’éjaculation. Les effets secondaires graves de l’embolisation de la prostate sont extrêmements rares (lire l’article sur les effets secondaires et sexuels de l’embolisation de la prostate)

Embolisation de la prostate, un traitement peu invasif de l'adénome de la prostate

Généralités sur la Prostate : Anatomie et Fonction

Caractéristiques et localisation

La prostate est une glande retrouvée uniquement chez l’homme. A l’état normal, elle a la taille d’une noix, est située sous la vessie et entoure l’urètre, qui est le conduit reliant la vessie à la verge par lequel passent les urines. Elle joue un rôle crucial dans le système reproducteur masculin.

Rôle de la Prostate

La fonction principale de la prostate est de produire une partie du liquide séminal, qui est un des constituants du sperme et est donc essentiel pour la fertilité masculine. Ce liquide aide à nourrir et transporter les spermatozoïdes.

Evolution de la prostate au cours de la vie

Avec l’âge, la prostate a tendance à augmenter de taille, et devenir gonflée. Ce phénomène est naturel et très fréquent, mais il peut entraîner des problèmes urinaires. La surveillance de la prostate est donc importante, notamment après 50 ans.

L’Adénome de la Prostate et ses Symptômes

Qu’est-ce que l’Adénome de la Prostate ?

L’adénome de la prostate, ou hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), est un élargissement non cancéreux de la prostate, fréquent chez les hommes vieillissants, puisqu’on considère qu’environ 1 homme sur 2 à 50ans a une prostate augmentée de taille.

Reconnaître les Symptômes et signes de la prostate

Les symptômes de l’HBP incluent une augmentation de la fréquence des urines, des difficultés à l’initiation du jet urinaire, un jet urinaire faible, et une sensation de vidange incomplète de la vessie.

Quelles sont les complications possibles de l’adénome de prostate?

Dans les cas avancés, l’hypertrophie prostatique peut entraîner des infections urinaires récurrentes, une hypertrophie du muscle de la paroi de la vessie (vessie de lutte), des calculs vésicaux ou une incapacité totale à uriner (rétention urinaire), nécessitant une intervention urgente avec mise en place d’une sonde urinaire.

a gauche prostate de volume normal; a droite prostate augmentée de volume faisant saillie dans la vessie et comprimant l'urètre empechant ainsi les urines de s'écouler normalement

Quand Envisager un Grattage ou Rabotage de la Prostate?

Évaluation Médicale

 

  • Evaluation des symptômes

L’interrogatoire permet de faire la liste des symptômes rencontrés par le patient, de rechercher les facteurs de risques, les antécédents, les éventuelles maladies associées qui pourraient compromettre le grattage/rabotage prostatique.

 

  • Score IPSS

Le score IPSS est un questionnaire basé sur 7 questions avec chacune une échelle de réponse de 0 à 5 points. Plus le score est élevé, plus l’atteinte est importante. L’avantage de ce score est qu’il permet une évaluation objective des symptômes, et un éventuel suivi avant/après en cas d’instauration d’un traitement ou de réalisation d’un grattage prostatique. Le score IPSS est disponible en cliquant sur ce lien. Au delà de 10, la gêne est considérée comme significative.

 

  • Qualité de vie (score QoL)

L’évaluation de la qualité de vie relative aux symptômes urinaires est également un paramètre à prendre en compte dans l’évaluation. Un score de qualité de vie entre 0 et 6 permet également d’avoir une estimation objective de la qualité de vie. Le score QoL est disponible sur ce lien (bas de page)

Examens complémentaires

 

  • Echographie de la prostate et des voies urinaires

Une échographie de la prostate peut permettre de mesurer le volume de la prostate pour savoir si il existe une augmentation du volume. Elle permet également de savoir si la vessie se vide bien après la miction grâce à la mesure du résidu post mictionnel et d’éliminer la présence d’un polype de la vessie. Elle donne également des informations quand à la présence d’éventuelles complications, notamment la présence d’une vessie hypertrophique (vessie de lutte), la présence de diverticules, la présence d’une obstruction sur les voies urinaires hautes (dilatation des cavités pyélocalicielles).

 

  • Analyse d’urine (ECBU)

Une analyse d’urine (ECBU) permet de s’assurer de l’absence de bactéries ou de sang dans les urines. En présence d’anomalie sur l’ECBU, un traitement complémentaire spécifique pourra être mis en place.

 

  • Dosage du PSA

Le dosage du PSA est à prévoir dans le bilan de l’augmentation du volume de la prostate. Il permet d’éliminer la présence d’un cancer de la prostate. En cas d’augmentation du PSA, une IRM de la prostate peut être demandée à al recherche de lésions suspectes (score PIRADS).

 

  • Autres examens

D’autres examens spécialisés, comme une mesure des débits urinaires, une endoscopie de la vessie ou des biopsies de la prostate sont également possibles, selon la présence ou non de certains points d’appel à l’examen.

→ Pourquoi faire un grattage ou rabotage de la prostate?

Le rabotage de la prostate est à envisager lorsque les traitements médicamenteux ne suffisent plus à gérer les symptômes ou en présence de complications. Des facteurs tels que la taille de la prostate, la sévérité des symptômes et la qualité de vie du patient jouent un rôle dans la décision de procéder à cette intervention, d’ou la nécessité d’une évaluation des paramètres cliniques et radiologiques avant d’envisager l’intervention.

Alternatives de traitement au grattage ou rabotage de la prostate

Avant de recourir à la chirurgie, d’autres options de traitement comme les médicaments ou les modifications du mode de vie sont souvent explorées. L’embolisation de la prostate, est une autre option de traitement qui permet de boucher les artères et bloquer le flux sanguin vers la prostate, avec pour avantage l’absence de sonde urinaire et la préservation des fonctions urinaires et sexuelles. D’autres options thérapeutiques existent, comme les ablations lasers (Holep ou autres), ou le traitement par vapeur d’eau (technique Rezum).

Comment se Fait le Rabottage ou Grattage de la Prostate ?

Technique Opératoire

La résection transurétrale de la prostate (RTUP), communément appelée grattage ou rabotage prostatique est réalisée grâce à un resectoscope positionné dans la verge, qui est un instrument permettant de réséquer de petits copeaux prostatiques, et sur lequel est connecté une caméra qui permet de suivre l’intervention en temps réel. A l’aide du resectoscope, le chirurgien coupe des petits fragments prostatiques afin de désobstruer le passage, et ainsi rétablir un écoulement normal des urines. L’intervention peut être réalisée sous anesthésie générale ou rachi-anesthésie (anesthésie uniquement de la partie inférieure du ventre et des jambes grâce à une piqure dans le dos). Un système de lavage de la vessie est laissé en place à la sortie du bloc opératoire, qui permettra de nettoyer le contenu de la vessie régulièrement et éviter la formation d’un caillot de sang qui pourrait obstruer l’écoulement des urines.

Hospitalisation et Récupération

Le temps d’hospitalisation après un grattage prostatique est généralement court et la sortie possible le jour même où le lendemain. Le système de lavage par la sonde urinaire peut être retiré habituellement entre J1 et J3 post-intervention. La récupération complète peut prendre quelques semaines, avec des consignes spécifiques de suivi qui doivent êtres respectées.

Préparation et Procédure

Comme expliqué plus haut, avant l’intervention, un bilan est nécessaire pour s’assurer de la bonne indication et l’absence de contre-indication avant l’intervention. La consultation avec un anesthésiste est également nécessaire dans un délai supérieur à 48 heures avant le geste. Les documents relatifs à l’intervention (fiche d’information et autres) sont remis au patient lors de la consultation pré-opératoire.

Grattage de la prostate à l'aide d'un résectoscope

Rabotage ou grattage de la prostate : Suites de l’Intervention

Immédiatement après l’opération

Après la chirurgie, la surveillance se fait en salle de réveil post-opératoire, puis dans un service d’hospitalisation classique de chirurgie. Une surveillance attentive des paramètres vitaux comme le poul et la tension est effectuée, ainsi que de la reprise des urines et l’absence de saignements par la sonde urinaires.

Signes liés à la présence de la sonde et du lavage urinaires

Des signes d’irritation liés à la présence de la sonde vésicale sont fréquents : il peut s’agir de spasmes, de pseudo-envie d’uriner, de douleurs dans la verge, ou d’une sensation de gonflement de la vessie. En présence de ces signes il est important de s’assurer de l’absence de saignements, d’un caillotage intra-vésical ou d’une sonde bouchée par un caillot sanguin empêchant l’évacuation des urines.

Sang dans les urines suite à un grattage de la prostate

La présence de sang dans les urines est fréquente dans les suites de l’intervention. Généralement le saignement s’estompe en quelques jours voir quelques semaines. Il ne faut néanmoins pas arrêter ces traitements sans avis médical. En cas de saignement trop abondant, de présence de caillots, de difficultés à uriner, ou de douleurs du bas ventre associées, il est néanmoins nécessaire de consulter votre chirurgien.

Les traitements anticoagulants (Xarelto, Eliquis) ou antiagrégants plaquettaires (Aspirine, Plavix) favorisent ces saignements et peuvent les prolonger. En cas de traitement anticoagulant ou antiagrégant, l’embolisation des artères prostatiques est une alternative intéressante au rabotage, car elle n’entraîne pas de saignement post-opératoire.

Besoins d’uriner en urgence suite à un rabotage de la prostate

La sonde urinaire peut provoquer des envies d’uriner en urgence avec parfois des pertes urinaires. Habituellement, la fréquence de ces urgences diminue avec le temps. Dans de rare cas, ces urgenturies peuvent être le signe d’une infection urinaire. En cas de fièvre associée, il est important de consulter un médecin en urgence afin de réaliser une analyse d’urine et si besoin débuter un traitement antibiotique.

Besoins d’uriner fréquemment suite à un grattage de la prostate

La sonde urinaire et la cicatrisation peuvent également provoquer des besoins fréquents d’uriner, c’est la dysurie. Cette situation peut se prolonger après le retrait de la sonde urinaire. Là encore, il faut éliminer une infection en cas de fièvre associée. Dans le cas contraire, les symptômes s’estompent généralement en quelques semaines après l’intervention.

Fuites urinaires suite à un rabotage de la prostate

Les fuites urinaires sont très fréquentes dans les premiers jours suivant l’intervention. Elles peuvent survenir spontanément ou secondairement à un effort de toux ou de soulèvement. Il est fréquent dans les suites d’un grattage prostatique d’avoir une envie urgente d’uriner incontrôlable qui se complique d’une fuite urinaire. Généralement ces fuites s’estompent en quelques semaines ou quelques mois après l’intervention. L’incontinence urinaire définitive après rabotage est très rare, environ 1% des cas.

Conseils pour une Récupération Efficace après un grattage de la prostate

  • Hydratation abondante

  • Eviter l’activité physique intense

  • Respecter les normes d’hygiène pour la manipulation de la sonde urinaire

  • Connaître les signes d’évolution normale et anormale, et consulter votre chirurgien en cas d’anomalie

Effets Secondaires du Rabottage ou Grattage de la Prostate

Effets à Court Terme

Les effets secondaires courants à court terme incluent l’incontinence urinaire temporaire et des difficultés à uriner, qui s’améliorent généralement avec le temps.

La sonde urinaire peut habituellement être retiré dans les 48 heures qui suivent l’intervention. Une infection, un blocage urinaire, un caillotage intra-vésical (sang formant un caillot dans la vessie avec impossibilité d’uriner) peuvent aussi survenir, dans environ 5 à 20% des cas. Dans 5% des cas, il est nécessaire d’avoir recours à une transfusion pour compenser les pertes sanguines.

Enfin, le TURP syndrom est une complication très rare (moins de 1% des cas) mais qui peut potentiellement être létale.

Conséquences urinaires et sexuelles à Long Terme

 

  • Incontinence urinaire post rabotage de la prostate

L’incontinence urinaire transitoire est possible avec fréquemment la survenue de fuite dans les suites de l’intervention qui sont généralement résolutives en quelques semaines ou quelques mois. Les séquelles d’incontinence urinaire à long terme sont très rares (1% des cas).

 

  • Effets sur l’érection du grattage de la prostate

A l’inverse de la prostatectomie (ablation totale de la prostate) qui entraîne régulièrement une impotence, les troubles de l’érection restent rares après un rabotage de la prostate (sous réserve de l’absence de troubles de l’érection avant l’intervention). Les études retrouvent une aggravation des troubles de l’érection dans environ 10% des cas en aigu, avec des séquelles dans seulement 2 à 3% des cas, ce qui en fait un effet secondaire relativement rare.

 

 

  • Effet sur l’éjaculation du grattage de la prostate

L’anéjaculation, ou éjaculation rétrograde est un effet secondaire fréquent du rabotage prostatique. Il survient dans environ 50% des cas. Par ailleurs la baisse du volume de l’éjaculation est présente dans environ 80% des cas. Certaines techniques de résection partielle peuvent être mise en place pour limiter les séquelles sur le plan de l’éjaculation, néanmoins cela se fait souvent au détriment des résultats sur le plan urinaire, notamment à plus long terme.

 

  • Sténose urétrale, une complication possible du rabotage prostatique

Le grattage prostatique peut se compliquer d’une sténose urétrale dans environ 5% des cas. Il s’agit d’un rétrécissement du calibre de l’urètre qui empêche le bon écoulement des urines. Les symptômes peuvent mimer une infection urinaire, avec envies fréquentes et urgentes d’uriner, associé à une faiblesse du jet urinaire. A l’extrême la sténose peut entraîner un blocage des urines.

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Hôpital Américain, 55 Bd du Château, 92200 Neuilly Sur Seine