Dr Benjamin Moulin, dernière mise à jour novembre 2023

Tout savoir sur la sonde urinaire et le cathéter sus-pubien chez l’homme

Dans certaines situations, l’homme n’arrive plus à uriner correctement, et les urines sont bloquées. Soit parce qu’il existe un obstacle à l’écoulement des urines (prostate, urètre, calcul), soit parce que la vessie n’arrive plus à se contracter.

Dans ces cas là, il est souvent nécessaire de réaliser une évacuation des urines à l’aide soit d’une sonde urinaire qui est un cathéter en silicone mis en place dans la verge et remonté jusqu’à la vessie, soit par un cathéter sus-pubien (ou cystocath) qui est mis en place dans la vessie directement à travers la peau juste au dessus du pubis.

La sonde urinaire est un tuyeau généralement en silicone mise en place dans la vessie au travers de la verge pour permettre l’évacuation des urines.

Avec l'âge, la prostate a tendance à devenir gonflée

Sonde urinaire sur adénome ou gonflement de la prostate, comment la retirer rapidement?

Lorsque la sonde à été mise en place dans un contexte de rétention des urines sur un adénome de la prostate (prostate gonflée), le retrait de la sonde peut être spontané après quelques jours, ou nécessiter un traitement pour lever ou diminuer l’obstacle avant le retrait.

Traitement médical

Différentes classes de médicaments sont disponibles pour à la fois diminuer la pression de la prostate sur l’urètre et améliorer la contraction et la vidange de la vessie.

Les plus utilisés sont les alpha-bloquant (molécule Alfuzosine (Xatral) ou Silodosine (Urorec)), et les inhibiteur de la 5 alpha-reductase: molécule Dutastéride (Avodart) et Finastéride (Chibro Proscar).

D’autres traitements à base d’extraits de plantes, comme le Permixon peuvent également favoriser la reprise d’urine après désondage.

Embolisation de la prostate : un traitement peu invasif pour enlever une sonde urinaire en cas de blocage par un adénome prostatique

L’embolisation est un des traitements de l’adénome de la prostate. Elle consiste en une injection de petites billes pour boucher les artères de la prostate, au travers d’un cathéter, inséré dans le plis de l’aine puis amené à travers les artères jusqu’aux vaisseaux de la prostate. Ce traitement permet de ramollir la prostate et diminuer son volume. Lorsqu’une embolisation est réalisée chez un patient porteur d’une sonde urinaire après une rétention, celle-ci est généralement laissée en place pendant 7 jours avant tentative de retrait. En cas d’échec d’une reprise des urines après désondage, une nouvelle tentative peut être réalisée tous les 7 à 15 jours. L’avantage de l’embolisation est d’offrir un traitement mini-invasif qui réduit et ramollit la prostate, avec une absence de séquelle sur le plan urinaire, et très peu d’effets indésirables sexuels (préservation de l’éjaculation et de l’érection).

Embolisation de la prostate, un traitement peu invasif de la prostate gonflée

Les traitements chirurgicaux : rabottage/grattage de la prostate ou résection par laser

Les traitements chirurgicaux permettent d’enlever par voie interne l’excès de tissu prostatique qui obstrue l’urètre. Le chirurgien met en place un endoscope dans la verge, puis le tissu prostatique est ensuite réséqué par laser (technique HOLEP) ou par éléctrocoagulation (TURP ou Trans-Uretral-Resection of Prostate). Ces techniques sont efficaces pour la levée de l’obstacle prostatique. En revanche des complications urinaires (incontinence transitoire) ou sexuelles (dysfonction érectile transitoire ou définitive, troubles de l’éjaculation) peuvent survenir.

Quels sont les causes de mise en place d’une sonde urinaire ou d’un cathéter sus-pubien chez l’homme ?

Rétention urinaire aigu (blocage) sur adénome de prostate

C’est la cause la plus fréquente de mise en place d’une sonde urinaire. Avec l’âge, la prostate augmente de taille, et exerce un effet compressif sur l’urètre, le conduit chargé d’évacuer l’urine vers la verge. Lorsque la prostate devient trop volumineuse et trop dure, une interruption complète du jet urinaire peut survenir : on parle de rétention urinaire aigüe. Celle-ci est volontiers déclenchée par des facteurs favorisant comme un long trajet en voiture, une infection urinaire, ou une situation ayant conduit le patient à se retenir d’uriner de façon prolongée. Lorsque la rétention survient, le patient n’arrive plus à uriner (ou alors uniquement lorsque la pression dans la vessie est trop forte). La rétention d’urine nécessite un sondage pour évacuation des urines dans un délai rapide, car il existe un risque pour la vessie (vessie claquée qui ne se contracte plus) et pour les reins (insuffisance rénale liée à la stagnation des urines).

Contexte chirurgical

Certaines interventions chirurgicales notamment sur la prostate peuvent nécessiter la mise en place d’une sonde urinaire. D’autres part, les produits utilisés en anesthésie peuvent également parfois créer un blocage des urines, ou simplement le patient est endormi pendant une durée trop longue pour laisser la vessie se remplir.

La sonde urinaire ou le cathéter sus-pubien est généralement retirée dans les jours ou les semaines suivant sa mise en place.

Maladie de la vessie

Certaines pathologies de la vessie notamment des maladies dégénératives neurologiques peuvent entraîner un blocage des urines qui nécessite également la mise en place d’une sonde à demeure. La durée pendant laquelle la sonde sera laissée en place dépend de la pathologie et de l’état de la vessie.

Maladie de l’urètre

Certaines maladies (sténose urétrales post-infectieuse par exemple) peuvent diminuer le calibre de l’urètre et entraîner un obstacle à l’écoulement des urines. En cas de blocage complet ou de rétention, la mise en place d’une sonde peut être nécessaire pour évacuer les urines.

Quels sont les différents types de sondes urinaires ?

Le drainage des urines peut se faire à l’aide de différents dispositifs. Nous vous présentons ici les plus fréquent: l’autosondage, la sonde à demeure, et le cathéter sus-pubien (aussi appelé cystocath).

Sonde urinaire simple pour autosondage ou sondage unique

Ces sondes sont à usage unique et permettent de vider une seule fois la vessie (technique de « l’aller retour »).  Elles ne restent jamais en place dans la vessie. Elles peuvent être utilisées par les patients qui pratiquent des autosondages à domicile.

Sonde urinaire à demeure

Il s’agit d’un cathéter en silicone mesurant 5 à 10 millimètres de diamètre. La mise en place doit être précautionneuse afin d’éviter les faux trajets sur l’urètre. Un gel d’anesthésiant local peut être mis en place dans la verge pour limiter les douleurs lors de l’introduction de la sonde. Un ballon est également gonflé au bout de la sonde, afin que celle-ci reste en place dans la vessie. Après sa mise en place, la sonde est connectée à une poche qui permet le recueil des urines. Ce cathéter peut être laissé en place plusieurs semaines (jusqu’à 6 semaines).

Le cathéter sus pubien (cysto-cath)

Il s’agit d’un cathéter qui, comme son nom l’indique est directement mis en place dans la vessie à travers la peau juste au-dessus du pubis. Il ne passe pas par la verge. Celui-ci peut être mis par ponction directe ou sous guidage échographique. Une petite anesthésie locale est réalisée sur la peau et la paroi de la vessie qui rend le geste indolore. Le cathéter sus pubien est également connecté à une poche de recueil des urines. L’avantage du cathéter sus-pubien est qu’il ne passe pas à travers la verge; in’y a donc pas de risque de lésion de l’urètre pendant la pose, ou de douleurs liées à la friction une fois qu’il est mis en place.

Quels sont les risques, problèmes, et effets secondaires d’une sonde urinaire?

Sonde urinaire et infection

La présence d’un corps étranger dans les urines est un facteur de risque d’infection urinaire. De plus, une mauvaise vidange des urines peut également favoriser une stagnation des urines qui favorise également l’infection. En cas d’infection urinaire, des symptômes comme de la fièvre, des douleurs pelviennes, ou une modification de la couleur des urines peuvent survenir. Dans ces cas-là, il est nécessaire de réaliser une analyse des urines (ECBU) assez rapidement pour pouvoir ensuite mettre en place un traitement antibiotique. Les analyses d’urines sur sonde nécessitent un protocole particulier et doivent être réalisées dans un laboratoire équipé.

Sondes urinaires et douleurs, spasmes

La sonde urinaire ou le cathéter sus pubien peuvent parfois être source de spasme ou de douleur en raison de la mauvaise tolérance d’un corps étranger par la vessie qui se contracte en retour.  Certains médicaments comme les alpha-bloquant (xatral ou alfuzosine) peuvent limiter ces phénomènes de contractions douloureuses.

La sonde urinaire peut aussi avoir un effet irritant dans l’urètre avec des douleurs de friction, ou des douleurs de l’extrémité du gland. Des antalgiques standards comme le paracétamol peuvent aider à diminuer ces douleurs.

Sonde urinaire et saignement (hématurie)

En dehors d’un contexte post-chirurgical ou cancéreux, la survenue de saignements lors du port d’une sonde est relativement rare. Un saignement très modéré (traces de sang) peut apparaître en cas d’irritation de l’urètre par la sonde.

En cas de saignement plus abondant, le risque est le caillotage vésical avec bouchage de la sonde.

Sonde urinaire et vidange des urines

Lorsqu’un patient est porteur d’une sonde urinaire ou d’un cathéter sus-pubien, les urines s’écoulent en permanence, et nécessitent donc un système de recueil. En général il s’agit d’une poche qui doit elle-même être vidée régulièrement. L’avantage de ces systèmes de reccueil est qu’il permettent de connaître exactement le volume d’urine produit par le patient ce qui peut être une donnée intéressante, notamment dans les suites d’une chirurgie.

Vivre avec une sonde urinaire: marcher, conduire, se coucher

La présence d’une sonde urinaire et du système de collecte par poche est un handicap pour les patients, qui peut être vécu comme un « fil à la patte ». Heureusement il existe des systèmes dédiés de poche qui s’attachent autour de la jambe, en dessous du pantalon, pour permettre au patient de se déplacer ou de conduire aisément. La nuit, la poche de recueil doit être positionnée plus bas que le niveau de la sonde, afin de permettre l’écoulement naturel des urines vers la poche.

Comment prévenir les effets secondaires d’une sonde urinaire?

Boisson abondante

Il est primordial en cas de sonde urinaire de bien boire environ 2 litres d’eau par jour. Ceci permet à la fois d’éviter la stagnation des urines dans le cathéter et la vessie, et permet un lavage permanent par les urines, dans le but de limiter le risque infectieux ou de caillotage en cas de saignement.

Règles d’hygiène

Il est également important de respecter les règles d’hygiènes en cas de port d’une sonde urinaire. La poche de recueil doit être vidangé régulièrement afin d’éviter les débordements. Le patient doit toujours se laver les mains avant de manipuler la poche, et ne jamais manipuler la connexion entre le cathéter et la poche.

Bonne fixation du dispositif

Le dispositif et notamment la poche de recueil doivent être correctement fixé et ne pas mettre en tension la sonde, au risque d’augmenter les frictions de cette dernière sur l’urètre et de provoquer de potentielles complications (douleurs, frottements, saignements).

 Combien de temps peut-on garder une sonde urinaire ?

  • Durée d’une sonde urinaire? Combien de temps peut-on vivre avec une sonde urinaire?

Il n’y a pas de limite de durée pour le sondage urinaire. Certains patients gardent un traitement par sonde urinaire plusieurs années, lorsque leur vessie n’est plus fonctionnelle par exemple. Pour limiter au maximum la durée du sondage urinaire, il est nécessaire de traiter la cause du blocage urinaire lorsque cela est possible. L’embolisation d’un adénome de prostate peut par exemple permettre de régler ce problème et ainsi de retirer la sonde environ 7 à 10 jours après l’embolisation.

  • Changement régulier de la sonde urinaire

En revanche, le cathéter doit être changé régulièrement pour limiter le risque d’infection. Ce changement doit être fait par un infirmier formé ou un médecin. La sonde urinaire doit être changée toutes les 3 à 6 semaines pour limiter le risque d’infection.

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